Juste avant l’Oubli

Juste avant l’Oubli / Alice Zeniter (Flammarion, 2015)

A 29 ans, Alice Zeniter publie chez Flammarion son quatrième roman, Juste avant l’Oubli. Une chose est sûre, la jeune romancière sait construire une intrigue et poser une ambiance.

L’action se déroule essentiellement sur une petite île perdue des Hébrides (Ecosse), où un colloque universitaire est organisé autour de l’écrivain Galwin Donnell, maître incontesté du polar, disparu mystérieusement alors qu’il vivait reclus sur ce petit morceau de terre.

Le récit est présenté du point de vue d’un des personnages, Franck, trentenaire, infirmier et quelque peu dépressif, parti retrouver Emilie qu’il aime depuis huit ans. Emilie, organisatrice de ces journées d’étude, est entièrement vouée à sa thèse sur Galwin Donnell, et ne semble pas prendre conscience de l’équilibre précaire de leur relation.

Juste avant l’Oubli contient plusieurs histoires parallèles, qui s’entrecroisent et le lecteur est sollicité de façon multiple. Le livre raconte tout d’abord l’évolution de la relation entre les deux protagonistes. L’auteur y mêle la vie traversée de mystères de Donnell « cet animal de force et de solitude », et le déroulement d’un colloque universitaire réunissant un groupe d’intellectuels passionnés et fétichistes. Un roman plutôt court mais aux multiples entrées : l’avenir du jeune couple, tout d’abord ; leur amour est terminé mais ils ne le savent pas encore. L’énigme autour de la disparition de Donnell. L’œuvre de ce fameux auteur de polars.

L’ouvrage est difficile à classer. Roman, polar, essai (digressions sur le temps, l’amour et la passion, la fascination et l’idolâtrie). L’écriture de Zeniter mêle diverses formes de narrations dans un ensemble assez bien construit. L’œuvre de Donnell, auteur fictif, et la lecture qui en est faite, argumentée d’articles, d’entretiens, de coupures de journaux, de critiques, est brillante.

Juste avant l’Oubli est un roman ironique (satire d’un certain milieu universitaire), mais surtout une belle réflexion sur l’amour, l’écriture et les ressorts de la fiction.

Hugues Dorléans, bibliothécaire