LE CABELLEC Marie-France

incertain regard – N°15 – Novembre 2017

extrait de la nouvelle :

Le Caniche blanc

L’enterrement de la tante Louisette avait eu lieu dans le vieux cimetière du hameau où elle était née, au cœur du Périgord vert. Elle rejoignait son mari dans le somptueux caveau en marbre beige rosé qu’elle avait fait élever à la mort de ce dernier. La stèle dépassait toutes les pauvres tombes aux croix serrées, elle dominait les vallons verdoyants et miroitait sous les pâles rayons du soleil de mars. Sans fleur, ni croix – elle l’avait voulu ainsi – seuls leurs deux noms gravés en lettres d’or, accrochaient le regard. Les générations précédentes sous leurs modestes pierres tombales abîmées par le temps, devaient s’étonner devant ce luxe mortuaire.
La cérémonie de l’enterrement s’était déroulée de façon rapide et triste par une frileuse matinée. Sans office religieux, seule une minute de recueillement avant la mise en place du cercueil dans le caveau, avait rassemblé la famille et les gens du village. Ensuite, un léger repli du groupe s’était opéré à l’écart de la défunte, vers l’allée des vivants, pour commenter à mi voix son retour au pays après tant d’années passées à la ville. Le ton des conversations commença peu à peu à s’élever, des bribes de paroles, parfois en patois local, circulaient au dessus des fleurs artificielles, seules touches de couleur du lieu. Soudain une voix plus forte que les autres, entendue de tous figea l’assistance :
« A savoir s’ils avaient fait des arrangements de leur vivant chez le Notaire ? Ils devaient bien avoir des sous ces deux là ! Ils n’avaient pas d’enfant ».
En parlant ainsi d’arrangement, chacun avait compris qu’il s’agissait de l’héritage. Les pieds solidement ancrés dans la terre, la casquette entre les mains calleuses, chacun épiait, le regard en coin, la proche famille de la tante. Elle se réduisait à ses deux nièces et ses deux neveux, filles de sa sœur et fils de son frère, tous deux disparus. Les deux nièces vivant à Paris, suscitaient des regards soupçonneux ; dans ce monde rural, elles n’avaient ni les codes ni les usages des gens de la terre. De plus elles n’avaient gardé aucun contact avec leurs deux cousins restés à la ferme.
L’aîné des cousins, chauve, la soixantaine enrobée, célibataire, encore sous la domination de sa mère, souffrait du dos. Il se déplaçait toujours au volant d’un de ses deux puissants quatre-quatre lui permettant de dominer le monde rural. Entre la chasse et ses activités d’élu local il choisissait le véhicule le mieux adapté à la situation. Son frère, ancien comptable, rigide, visage fermé, s’exprimait peu, mais il comptait …

L’argent,
Le fric, le blé, la tune,
L’oseille, le pèze, le pognon,
La galette, les pépettes, les picaillons,
Les sous, les sous, les sous, les sous, les sous…

L’intégralité du texte s’écoute ici : Le Caniche blanc