DUBOEUF Irène

incertain regard – N°13 – Novembre 2016

Carte blanche à Hervé Martin

Irène Duboeuf

Terremoto¹

La terre est pâle
Couleur de cendre.
Ici, chaque ligne se courbe
Comme pour adoucir la tragédie du monde.

C’est un été de feu.
Dans les vallées l’eau brûle
Entre les lèvres blanches de la terre.

Sous la touffeur du jour Bacchus
Féconde les collines quand un bruit
Terrifiant fait tressaillir son masque.
Un grondement funeste
Vibrant à mille lieux.

Les églises vacillent
Une lampe se brise
L’effroi tétanise le sourire des anges.

Dehors, le ciel est bleu.

Extrait de Cendre lissée de vent, à paraître aux éditions Unicité en 2017

¹Tremblement de terre

Ombres

Il arrivait que le vent qui soufflait sur la lande
Déterrât de lointaines histoires
Tessons tranchants à ouvrir les veines
Des temps passés sous silence.

Des noms sans visage
S’échappaient d’horizons éventrés
Tandis que le rire vivant d’une source
Traversait les bruyères.

Je marchais aux confins du visible
Suivant un fil obscur qu’enflammaient les étoiles.

L’été siphonnait l’eau des sources
Et volait un à un les miroirs d’eau perdue
Entre les bras des fleuves.

Tassées le long des rives
Des ombres aux pieds de plomb
Cherchaient refuge sous les arbres.

Nul n’aurait osé dire où finissait la Terre
Où commençait le ciel. Une lumière
Liquide, jaune et funeste
Réduisait l’horizon à une incertitude.

La mort rôdait, repérant les plus faibles.
Elle avait emporté la chatte rousse aux yeux d’enfant.

[…]
Une ombre chaque soir frôlait
Les seuils de l’invisible
Lentement
À pas de velours
Dans le silence des voix défuntes
Et l’on croyait voir deux grands yeux
Paisibles et secrets
Des yeux à jamais ouverts sur la nuit
Et qui semblaient veiller sur nous.

[…]
Les jours de pluie
L’ombre quittait le pot de terre cuite
Où reposaient les cendres
De la petite morte.

C’était comme un frémissement
Une pâleur tremblante
Impalpable au milieu du rien
Et qui errait de pièce en pièce
Effleurant une balle oubliée
Figée dans l’attente
D’un jeu qui n’aurait jamais lieu.

J’appelais à voix basse.
Je murmurais des mots secrets mais l’objet
Orphelin, n’était plus à personne
Et l’ombre s’en allait, étrangère à son nom.

Extrait de La barque étoilée, recueil en cours d’écriture.