FOURETS Patrick

incertain regard – N° 15 – Novembre 2017

Note de lecture

Vladimir Vladimirovitch, de Bernard Chambaz, Flammarion, 2015

N’attendez pas de ce roman, à deux personnages portant strictement le même nom – l’un est un russe anonyme, l’autre le Président Poutine – qu’il soit un Essai sur la Russie contemporaine, un roman historique, ou même un moyen d’aborder la biographie de Poutine. Non car Bernard Chambaz développe une synthèse personnelle, subjective, et partielle dans ce roman sans préjugé. Une manière de percevoir la politique par le petit bout de la lorgnette, en apparence, mais qui fait interroger le lecteur sur les traces laissées par l’ex-URSS dans la Russie d’aujourd’hui. Le récit commence en février 2014 aux jeux olympiques de Sotchi, symbole de la démesure nationaliste voulue par Poutine. Habileté narrative, le jeu de ping-pong entre les deux homonymes montre la Russie côté pouvoir – le Président Poutine – et côté citoyen ordinaire – un conducteur de tramway à la retraite, nostalgique de Tatiana son aimée perdue et s’engageant avec Galina sa voisine de palier. La matière du roman est là. On se découvre à aimer « cette terre qui n’a pas fait les choses à moitié, mais s’est étendue comme une tache d’huile sur la moitié du monde ». C’est toute l’habileté de Bernard Chambaz de nous faire ressentir l’âme russe hors cliché et partie pris négatif : Les âmes mortes de Gogol, le hockey sur glace des patinoires en plein-air, le KGB au quotidien, Rostropovitch, la fierté pour Gagarine héros de l’espace, les musées, les statues, etc…

Le roman se termine par une allégorie portée par l’un et l’autre des Poutine. Un envol vers le ciel, poétique, un message apaisant.

« Les morts sont debout, ils avancent comme les branches de la forêt au théâtre,
ils composent le fameux régiment immortel et les vivants participent dans la liesse
au défilé des spectres ».