FOURETS Patrick

incertain regard – N° 15 – Novembre 2017

Note de lecture

Composition française : retour sur une enfance bretonne, de Mona Ozouf, Gallimard, 2009

« Les trois lots de croyances avec lesquelles il me fallait vivre : la foi chrétienne de nos ancêtres, la foi bretonne de la maison, la foi de l’école dans la raison républicaine. (…) Ce que j’appellerais volontiers ma tradition. »

Cet extrait caractérise le sens du livre de Mona Ozouf (née en 1931 à Lannilis, Finistère). Elle nous invite à une réflexion politique tout en nous racontant son enfance bretonne : ses parents instituteurs laïques – son père Yann Sohier, militant de la cause bretonne, défenseur de sa langue – sa grand-mère introduisant Dieu dans la maison.

Sa pensée s’est construite autour des clivages de rivalité – école laïque/croyance catholique, identité bretonne/Nation Française. Elle en a accepté les contradictions et elle a su s’en détacher à partir de ses lectures et de la carte de France de l’école laïque : « elle faisait apparaître aussi notre parenté avec le Massif Central, qui est en France ma région préférée (…) ». L’importance des bibliothèques : celle de l’école – au « rassurant label de « livres pour enfants » – celle de la maison plus universaliste et celle accessible au hasard d’une rencontre : « J’entends pour la première fois parler de Mallarmé, de Proust, de Valéry (…). Je retiens pourtant leurs noms, comme les phares d’un savoir inaccessible ».
Cette partie du récit – retour sur une ambiance bretonne – se lit comme un roman. La part de biographie qu’elle offre au lecteur s’insère dans les faits historiques de cette époque tourmentée.
Son récit devient ensuite souvenirs et réflexion politique : « (…) puis, toutes amarres cette fois rompues avec la Bretagne, dans le Paris de la khâgne, de la Sorbonne, de l’École normale supérieure, du Parti communiste enfin (…). » L’historienne de la Révolution française développe alors le processus qui a conduit la France vers un jacobinisme omniprésent, avec une administration centralisée qui peine à octroyer quelque pouvoir aux régions.
Sa conclusion illustre la qualité de sa Composition française :

« Je ne crois (…) ni les universalistes, parce que notre vie est tissée d’appartenance. Ni les communautaristes, parce qu’elle ne s’y résume pas. (…) La narration est libératrice. C’est elle qui fait de la voix « presque mienne » d’une tradition reçue la voix vraiment mienne d’une tradition choisie. »