FOURETS Patrick

incertain regard – N° 17 – Hiver 2018

Les âmes de Lhassa

Le périphérique, son quotidien d’indifférence – En contre-bas
désaffecté de sa mission de tourisme, un hôtel,
des vélos, un ballon, immobiles        et des hommes
aux bras ballants égarés des hauts plateaux,        là-bas,
Pays des yacks aux grands silences coupés par le vent

Soir, voix sourde des automobiles, lucioles de l’asphalte
Le trait de lumière dans le ciment urbain, un visage au teint d’opaline
son pain en offrande – langue de partage – comme au village
où, le ballon joue, le vélo voyage, les bras travaillent
En mémoire la saveur du fromage au lait de yack

Mémoire vive de Frison-Roche

Arvi
Temps du lait chaud au miel d’épicéa
En écho aux sonnailles de l’alpage
une voix à cheveux blancs, raconte
l’orage au Dru. L’enfant perçoit
du vacarme sauvage,             l’appel
mystérieux des roches et des glaces

Arvi
Les aiguilles mythiques se dressent
s’adressent à des hommes-héros, de passage
sur la pente d’un fleuve ouvert de crevasses. Glace et piolet
s’entrechoquent – Etincelle bleu-acier – Le mouvement du bras
épouse le rythme du pas lent. Sur la trace du destin
Le temps se heurte au vivant des moraines.

Arvi
A l’heure du soleil rouge : le refuge, le partage
Tutoyer l’inconnu – Chaleur de la soupe et
des mots d’altitude.                          Atteindre
dans le bleu – teinté de froid – fuyant à l’horizon
la voix ancienne des lectures
la foudre imaginaire frappant le Dru.

Arvi
Sans guide rythmant la cordée,
elle va. Quête pour un instant de silence feutré,
de blanc immobile. Elle sait la course menant
au temps de la neige, la vallée sans souffle
la trace sur le chemin éloignant la mémoire
du lait chaud au miel d’épicéa