FOURETS Patrick

incertain regard – N° 17 – Hiver 2018

Note de lecture

Le courage qu’il faut aux rivières, d’Emmanuelle Favier, Albin Michel, 2017

« Considérant le chemin qui l’avait menée au bord de ce lac, elle repensait aux rivières qui pour former l’étendue continuaient de braver la roche, le gel et la sécheresse. »

C’est le premier roman d’une auteure dans la continuité de la publication de ses trois recueils de poèmes, de sa suite de nouvelles et de l’écriture de trois pièces de théâtre. Sa biographie sur internet, fait état d’une collaboration avec le guitariste Fabien Montes autour de ses poèmes – recherche effectuée après la lecture de son roman.

La bibliothèque d’Achères propose à l’étal un choix de livres. J’ai été attiré par l’originalité du thème du roman. J’ai fait la dégustation de quelques pages sur place :

« D’une voix forte, elle profère les paroles rituelles, jure par la pierre et par la croix de rester vierge, de ne jamais contracter d’union ni fonder de famille. Elle regarde vers le bas, évitant les yeux ourlés de mauve de celui qu’elle fuit par le pouvoir des mots prononcés. »

L’auteure s’appuie sur une pratique traditionnelle encore existante pour bâtir l’histoire de ses trois personnages. La construction du roman est une suite de scènes au cadrage cinématographique avec flashback. Elle est portée par son inventivité mêlée avec habileté à la réalité coutumière telle qu’elle se pratique encore en quelque point des Balkans. Le flou habile sur le lieu et l’époque rapproche le récit du conte dont l’intrigue doit être découverte pour profiter au mieux de la force narrative d’Emmanuelle Favier. Elle dit la rudesse sans nuances, sans complaisance menant à la violence, d’une destinée liée à des règles ancestrales, et l’élan intérieur en éveil progressif de ses personnages pour y échapper.

« Un rien l’émouvait des paysages familiers qu’elle croyait à présent découvrir : levant la tête elle constatait des ciels de peintre, qu’elle observait longtemps se défaire entre les cimes et retomber au faîte des sapins en traînes dorées ou bleues ; ou bien c’était la virtuosité d’un flocon de neige qui, tout à coup, lui livrait des finesses jusqu’alors ignorées. »

Le roman est court, dense, rythmé, empreint d’images poétiques. Il y a juste les mots nécessaires à la compréhension de l’histoire. Néanmoins, l’auteure réussit avec délicatesse à nous parler de l’identité, du désir, de la liberté de vivre une vie de…

Les points de suspension apportent la réponse. Pour le savourer pleinement, il faut commencer la lecture sans en savoir plus. J’ai eu cette chance.