FOURETS Patrick

incertain regard – N°18 – Eté 2019

Note de lecture

Bacha posh, de Charlotte Erlih, Actes Sud junior, 2013

Le hasard encore, pas tout à fait. Il provient d’une proposition surprise à l’initiative de la bibliothèque d’Achères lors de la Nuit de la lecture. Un choix judicieux. Il vient en écho de ma lecture du roman Le courage qu’il faut aux rivières1. Encore une tradition servant le roman. Farrukh est une bacha posh, une jeune fille transformée en garçon par la volonté paternelle et qui conservera ce statut et la liberté qui y est liée jusqu’à sa puberté. C’est ce passage qui fait l’intérêt du roman. Un combat violent entre le poids des traditions ancestrales et la détermination de Farrukh à poursuivre son aventure et son émancipation. Tous les points de vue sont abordés, toutes les contradictions de cette famille aimante. Chacun s’accrochant à sa détermination.

Ce roman est à double lecture, double rêve. Celui de participer aux Jeux olympiques dans une compétition d’aviron, ce qui serait une première et celui plus complexe autour de la condition féminine dans ce pays aux coutumes castratrices.

La mise en scène – ce texte était primitivement un scénario de cinéma – est remarquable. Elle participe au plaisir de lecture, dans un langage sans artifices.

« A peine a-t-elle fermé la porte que j’explose : “Comment oses-tu mentir comme ça, alors que tu passes ton temps à dire que c’est le pire des péchés ?! ”
De ma vie, je n’avais crié ainsi sur personne. Encore moins sur ma mère… C’était si inconvenant que mes sœurs, bien que rêvant que je me fasse punir, ont baissé la tête.
“Les seuls à qui on ne doit pas mentir sont les membres de sa famille, rétorque maman en conservant son sang-froid. Les autres, c’est différent. – Soit le mensonge est un péché, soit ce n’en est pas un. Mais ça ne peut pas être l’un ou l’autre selon ce qui t’arrange ! – Tout n’est pas noir ou blanc… Parfois, les apparences l’emportent sur le reste et justifient le mensonge”. »

1Le courage qu’il faut aux rivières, Emmanuelle Favier, Albin Michel, 2017. Note de lecture parue dans incertain regard N°17, hiver 2018.