FOURETS Patrick

incertain regard – N°14 – Mai 2017

Note de lecture

Etc. de Bernard Chambaz, Flammarion, 2016

…alors si j’ai pris l’autre
je savais qu’un jour je reviendrai
et que je prendrai
l’un qui serait l’autre
– à moins que je ne veuille repasser
par le même chemin
afin de revenir une autre fois encore…

Bernard Chambaz nous invite à voyager dans son pas sur des chemins de la poésie – de l’un à l’autre. Randonnée en cinq parties, en cinq directions coordonnées, une suite logique.
La première partie, et cetera donne le ton.

« Après Eté puis Eté II
Les mille et une séquences qui les composent
A la suite d’Echoir et d’Entre-temps
Le tour était venu d’Etc. »

Trois autres parties évoquent des poètes disparus, qui se laissent néanmoins raconter au présent dans : la mort de Verlaine – le bonjour de Robert Desnos – le subtil, Du Bellay, du balai.
Les textes suggèrent leur vivant héritage, conté en petites touches réalistes. Narration légère en apparence, ton du dialogue, séquences courtes, nourrissent l’intérêt du lecteur, lui laissent le temps de la dégustation comme il sied quand il s’agit d’apprécier un grand cru. Bernard Chambaz nourrit ses textes d’anecdotes historiques, de petits quotidiens racontés, et de réflexions personnelles qui piquent la curiosité. Il invite, Nerval, Mallarmé, Baudelaire, Léon-Paul Fargue à illustrer son propos – de par sa connaissance encyclopédique de la poésie. Le travail de mise en page, la recherche dans les césures offrent un sentiment de fluidité naturelle. Il n’en est sans doute rien. Le rythme est le fruit d’une recherche de composition, confort pour la compréhension du lecteur, donnant sa cohérence à l’ensemble a priori disparate.

Bernard Chambaz, invite le lecteur à mieux découvrir les auteurs cités. Ce que j’ai fait. Ce livre ouvre un chantier de lecture vers la langue de la poésie. Il incite à l’aimer en nous libérant des préjugés engendrés par l’apprentissage scolaire. Les poètes vivent en simplicité, autres nous-même – Lorca et Desnos :

Ils avaient mangé un cochon de lait
et bu des verres d’eau de vie
chanté jusqu’au petit matin

Humour, dialogue et légèreté sont au rendez-vous de l’hommage contemporain rendu à Du Bellay, démonstration que la réflexion profonde est de simple expression :

la mairie de Liré
appose une plaque en son honneur
pour le 387e anniversaire de sa naissance
car on aime les comptes ronds

une échelle posée entre la plaque en bronze
et la fenêtre où une femme
se penche pour mieux voir l’heureux qui comme Ulysse

Et puis au cœur de l’ouvrage : dernières nouvelles données du bord de l’océan. Bernard Chambaz, offre un chant nostalgique, teinté de pudeur – le martinpêcheur, son couple. Il se raconte par touches, s’ouvre à l’empathie. L’histoire d’une vie la sienne, la nôtre avec ses gaîtés et sa finitude, sous le soleil de l’été. Il en appelle aux poètes – intemporalité et instant présent se mêlent. Cette partie occupe la place centrale de l’ouvrage, car elle est le point culminant de l’ouvrage, celle qui le relie à l’ensemble de l’œuvre du poète.

un ciel nu et nous
au bord de l’océan
pour combien de temps
encore – mais tu as raison – encore –
pourquoi poser la question