GAVARD-PERRET Jean-Paul

incertain regard – N°13 – Novembre 2016

Carte blanche à Jean-Paul Gavard-Perret

Autre huche
(Apostilles pour têtes chercheuses)

« Tout ce que l’homme expose ou exprime est une note en marge d’un texte totalement effacé. » (Fernando Pessoa, Le livre de l’intranquillité)

1. « Bon qu’à ça » selon Beckett. Mais un doute subsiste.

2. Élève des deux Malcolm (Lowry et Chazal) et de Pérec, sait tordre les choses pour donner au réel un mode d’emploi.

 

 

1. Cette projection multipartite ouvre la réconciliation de l’être avec lui-même, du masculin et du féminin au-delà des genres.

2. Il s’agit sans doute d’atteindre la destruction de toute fixité afin que rien ne tienne encore debout.

3. L’auteur rappelle que l’amour est né de la brouette et les aéroports du vol au vent.

4. Il précise plus loin que la vision prend vie dans une sorte de tombe, la tombe des images. Ce sont leurs lignes de fond.

 

 

1. Ouistiti de l’indépendance qui passe sa vie sous un palmier assombri de Tunisie ou sur les bords du Léman.

2. Henri Michaux, Fable des Origines, Le Disque Vert, Bruxelles, 1923, p. 8.

3. Samuel Beckett, Le Monde et le Pantalon, Paris, Éditions de Minuit, 1990, p. 26.

 

 

1. Photo prise au Sahara après avoir dépanné une Land-Rover.

2. Une absence de parole est la véritable parole de la parole elle-même.

3. De son premier amour il garda une photographie. Elle passa du portefeuille au tiroir puis fut déchirée un jour de blues et connut le caniveau.

 

 

1. C’est peu diront certains mais cela ressemble déjà au départ vers l’impalpable et implique le retour du surnaturel au galop.

2. De cet épisode l’artiste a trouvé l’idée, de son « encyclopédie ». Elle est constituée de 582 planches (réparties en plusieurs coffrets). Ces montages feraient pâlir de honte ou de désir Diderot et Warburg.

 

 

1. Le héros s’y fait vendeur en porte à porte en essayant de fourguer des cocottes-minutes aux ménagères de moins de 50 ans (mais sans exclusive).

2. L’auteur ne connait que la vieille image naïve et sourde qui n’ajoute rien, n’élargit rien, ne fait que renvoyer à l’affolement dont elle sort, comme le cri absurde à la douleur et à la joie. Il rejoint le Valère Novarina du Théâtre des paroles et Maurice Blanchot de La part du feu.

 

 

1. L’escogriffe reste un aventurier. Si certains écrivains sont pieux tandis que d’autres préfèrent le lit, le susdit opte pour des radeaux qui médusent.

2. Mais ne nous y trompons pas : le tout reste d’arracher du visible quand le visible s’arrache à nous.

 

 

1. Certains en sont les acteurs, d’autres les captifs, les ravis de la crèche.

2. On se serait contenté de moins.

3. Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Beauviala, « Genèse d’une caméra », in « Cahiers du Cinéma », n°350, août 1983, p. 49.

4. Sorte de brou de noix dont la lumière est ici brodée à l’encre d’un gris tout juste transparent.

 

 

1. Anguille sous roche.

2. J.-B. Pontalis, Perdre de vue, Paris, Gallimard, coll. « Connaissance de l’inconscient », 1988, p. 282, 294.

2. Malgré leurs heures de vol demeurent d’insomniaques rêveurs.

3. « Les idées n’existent pas ce sont des pierres qui surgissent » (Pol Brun – Le Pont de l’Épée, Paris, 1979).

 

 

1. Sa peau avait une odeur de palme et de confiture selon Aloysius Bertrand.

2. Charles Juliet, Rencontres avec Bram Van Velde, Montpellier, Fata Morgana, 1986.

3. Il ne peut avoir de successeurs car il est seul à pouvoir répéter son rite de néant.

 

 

1. On enfouira jusqu’à son souvenir réel comme s’il n’avait jamais existé.

2. L’attrait de la nuit dans la nuit, Jacques Kober, « Les Mains Éblouies, écrits sur l’art », Nice, Éditions Gilletta, 1996, p. 50.

3. C’est pareil pour nous

 

 

1. Le jus que la tête dégage n’est pas du meilleur cru.

2. « La pierre repliée sur elle-même nous apprend l’alphabet du silence » (Catherine Raynal, Galerie Vivo Aquidem, 2016).

3. Une œuvre où il y a des théories est comme un objet sur lequel on laisse le prix.

 

 

1. Leurs corps sont des petits Moïse sortant de l’eau. Mais plus personne pour le prendre sur des genoux.

2. Sigmund Freud, Correspondance, Paris, Gallimard, coll. « Connaissance de l’inconscient », 1966, p. 490

3. Notons l’emploi souvent abusif du terme « image » pour désigner non seulement les figures par ressemblance, mais toute espèce de figure ou d’anomalie sémantique. Proscrire aussi l’idée restrictive selon laquelle et de part son origine l’image ne provoquerait qu’un effet d’analogie et de mimésis.

 

 

1. Dans la brume file un monstre à deux têtes en des contrées aux cheminées coiffées de fées avec échancrures corsaires. Dante erre ici comme un fil.

2. Christian Prigent, Les enfances Chino, POL, Paris, 2014.

3. Garçon l’addiction ! Monet is Monet

3. Roy Finch, The reality of the nothing, Lugano Review, 1965, vol. 1, n° 3-4, p. 211-222.

4. Les filles maigres comme des clous rendent les hommes marteaux.

 

 

1. Pour comprendre la flaque il ne faut pas l’assécher mais deviner son hôte

2. La disparition des images entraîne la brûlure de toute métamorphose.

 

 

1. Écrire sert à consoler de notre inutilité.

2. Preuve que l’image fait sortir de l’énoncé et projette au-delà de la pensée.

2. « Voilà c’est fait, j’ai fait l’image » (Beckett, derniers mots de L’Image, Éditions de Minuit, Paris 1972)