GOUAUX Martine

incertain regard – N°12 – mai 2016

Revers, Soupir et Fleur vermeille

La Dame du tableau fait front, les yeux rivés sur ce point, de nous si proche, où nait son regard d’intense urgence. Pour elle, je suspends mon souffle, pour elle qui est belle, puissante, nue, aux aguets. Son ventre est barré de rouge, un bras tendu devant, défense dérisoire contre qui ? Pour quoi ?
Oh ! là là mes aïeux !…
La Dame du tableau…

L’ogre des intempéries s’engouffre, gonfle
Se repait en secret de
Rouge vif.
Dans les entrailles
La chair fourmille
Végète à bas bruit. Hors cadre quelque chose se profile.
Aïe aïe aïe mes aïeux !
Séguedille et fandango
Le taureau par les cornes,     que vértigo !
Prendre à revers        le soupir !

L’instant semble connu, oui,
Voici le rendez-vous
Trompé, craint, enfoui
Pour ainsi dire attendu.
Une croisée de chemin
Un temps raccourci.
Qu’en est-il vraiment ?
S’entend-t-elle dire
Dans la salle où trône l’énorme machine.
Tant de        peut-être        encore captifs
Soudain se heurtent en toute hâte
Poussent vers la sortie !
Oh ! là là mes aïeux !
Séguedille et fandango
Le taureau par les cornes,     au boulot !
Prendre le soupir        à rebours.

Pourtant rien de brusque, chez lui
Quelque chose bute sur une magnétique     inconnue, chez elle
Quelque chose se dit par cercles     concentriques, entre eux
Avec        une attention        qui en cas de détresse
Résonne     tendresse.
Alors que claque le mot        au bord de la faille
Besoin      de nombreux échos.
Quelque étourdi, sans doute au fait du tarif
Convoque… le courage !
Fuse aux confins une note        aigre.
Quelque docte carabine
Ose sur ordonnance

Le cinglant… moral !
Incendie        sur le marigot.
Ah ! là là mes aïeux !
Chacun son fandango !
Le taureau par les cornes ça zéro !

Il est question       du chef d’un orchestre métallique
Chorégraphe en latex, exact, sobre, sage
Officier expert en nettoyage        extrême.
Attention affliction !
Le lapereau espanté
Détail affligeant sur l’étal
Se voit tout espataillé.
Aïe aïe aïe mes aïeux !
Prendre le revers du soupir !

La nuit de l’attente
Dans la ruche tiède
Chambre trois cent treize
Tandis que les chariots
Microsillons du soir
Obstinément cliquettent
Des bateaux de béton
Crachent à l’oblique
Leur fumée trop froide, trop blanche.
Oh là là mes aïeux !
Castagnettes et compte à rebours
Silence hosto !

C’est au fond d’un fin fond
Sous les spots en sous-sol
Que la danse rituelle commence.
Allongée sur un brancard, elle ignore presque son nom tant son dossier s’étale. On se penche vers elle, on lui parle. l’a du savoir vivre, répond poliment, même que ça se tient ça se tient … Presque sans nom respire avec lenteur, accroche les regards, donne ses bras, ses jambes, sa nuque fragile.
Leur danse se fait lointaine
Annabelle anesthésie s’introduit
Passiflore aggravée d’un tropical curare
Cocktail au calibre absolu.
Hou là là mes aïeux !
Par les cornes du taureau c’est pas du mirliton !

Une lame blême
Silex exquis
Fouille, fouraille à l’extrême
Tranche, entaille
Farfouille en rouge
Coupe à blanc

Clipe à sec
Prélève loin
Ligature au vitacryl
Cure à turelure.
Ouille ouille ouille mes aïeux !
Cliquetis et fins ciseaux
Quel montage ! Quel scénario !

En lieu et place de l’énorme vague
Git une géographie violente
Plasma profond        brun de braise
En basse continue
Cupules glacées        bleu luminescent
Pur acier mordant.
Ah là là mes aïeux !
Séguedille et fandango
Le taureau par les cornes,        c’est où Valparaiso ?
Prendre à revers        le soupir !

Bien plus tard
Immobilalitée
Tout en habits rétrécis
En corps cabossé
En gestes infimes
De la dame du tableau, se départ
Non sans lenteur ni douceur.
De son regard d’intense urgence
Elle garde l’accent aigu      des origines
Cet accent aux aguets      à ma mère pareil.

Oh mes aïeux !
A       qui-perd-gagne
Jeu osé tant aimé
sans revers se donne
la fleur vermeille.