GUILBAUD Luce

incertain regard – N°12 – mai 2016

Carte blanche à Cécile Guivarch

Luce Guilbaud (inédits)

Ville silence

séjour des morts et des vivants
mêlés      entassés        alignés
on jette des fleurs dans le grand jour
on se perd dans les rues
on aligne des noms des numéros
avant de tout recouvrir de terre
de lettres d’amour et de regrets
on évoque les ancêtres
on s’écarte des clous
d’autres mères sont allongées plus loin
dans leurs débris d’os leurs reliques
c’est ici que poussent les racines
entre les pierres taillées
rien ne bouge que les paroles
échangées avec promesses de poussière
c’est une ville sans direction ni centre
une ville de silence sans mesure.

Une maison de village

J’ai choisi une maison pour y être et en partir
pour y être demeurer écouter les bruits du monde
une maison pour traverser ses fenêtres
faire entrer le soleil et la lune les oiseaux aussi
une maison   un village   une île dans le marais
là où la mer dessous remue encore avec ses poissons
qui soudoient les images du monde flottant
un jardin d’où je remonte les mots du poème
nourris et filtrés par la terre…

Les femmes même lointaines
sont debout à la table
les femmes restées au port
parlent près du sommeil
mêlant assiettes et instruments de navigation
elles retiennent les vents
forcent la houle et la mouettesupputant la prochaine escale

les hommes à bord
ont traduit les marges du vent

et les femmes soufflent en rafales contrastées

naviguer c’est donc tourner le dos.