GUILLAIN Georges

incertain regard – N° 11 – novembre 2015

Ici, sous tant de ciels

(poème)

Georges Guillain

feuilles
diminuées de ce matin

mouillé

dans le jardin de la Sous-préfecture

un oignon
rouge dans la main

Il passe

amateur des jardins Il ignore tout du Père
Camelli de l’émotion qui le saisit à la vue
de la fleur du camélia quand celle-ci avait encore
un autre nom – c’était quelque part dans l’orient
extrême sur la route du thé – ce jour là sans doute
qu’il en remercia – à une majuscule près
ce n’était pas si bête – simplement

le Ciel

mais parce que cela fait longtemps
qu’il n’a plus écrit de Poème Il est content
de ce début d’averse qui recolore
autour de lui les choses simples

autrement

patiné d’ombres l’espace entre le vide
et sa pensée s’emplit des tuiles avivées du toit
aussi du bleu qui reste sous

le ciel

qu’on ne voit pas

Il

regarde aussi

se former lentement

le mot

vivre

autour d’un
autre mot
plus ferme qu’il serrera

entre ses mains

quand il prendra des nouvelles du monde

plus tard
par la Télévision

en attendant

Il n’emporte avec lui que
des lambeaux d’espace qu’il a pu détacher
de certains mots

vieillir manger dormir

les ustensiles de sa vie

nuages pensées présences Il prend le monde
au ralenti sans trop savoir ce qu’est le monde une forme de beauté menteuse peut-être
à force d’en parler

quand même

Il essaie de mieux voir son chemin
pas avec la lampe qui déforme sa poche avec
espoir et même les jours ordinaires quand après
la fatigue de savoir que rien ne lui a été donné
spécialement à vivre / il s’enfonce

dans la lenteur humaine

bien qu’aujourd’hui à force d’y penser

Il sente

qu’elles empliraient presque sa bouche
avec la douceur

de l’eau

et jusqu’à la morsure du sel
qui sèche aussitôt
sur ses lèvres

les choses lentes
dans le ciel

et ce dimanche des Rameaux

que ne marquera cette fois aucune entrée
solennelle Il pense qu’il ne sera bientôt
qu’un souvenir : qu’aura-t-il façonné en lui aucun
hymne aucune ode à peine une élégie mais juste
la pensée qu’il lui faudrait demeurer ici plus haut

que vivre / simplement attentif

parmi tout ce qui renverse

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *