GUILLARD Patrick

incertain regard – N° 16 – Eté 2018

Note de lecture

Dans la lumière et les ombres : Darwin et le bouleversement du monde, de Jean-Claude Ameisen, éditions Fayard et Seuil, 2008

Darwin, vous connaissez de nom.
« OUI, l’origine des espèces ». Qui n’en a pas entendu parler ?
Mais l’homme Darwin, celui qui doutant de l’accueil fait à son ouvrage attendit plus de vingt ans, accumulant les exemples pour illustrer ses thèses et les rendre crédibles. Celui qui ne se résolut finalement à publier que parce qu’il se vit doublé par Alfred Russel Wallace… bientôt son ami. Celui qui dans ses carnets secrets s’effrayait à la réaction de sa femme s’il lui montrait les preuves de la non supériorité de l’homme, de l’inutilité de Dieu…
C’est de cet homme que Jean-Claude Ameisen nous parle. Mais pas seulement.

Le petit bout de la lorgnette ?
Marié à sa cousine Emma, une pieuse anglicane, Charles sait combien ses « hérésies » posent problème envers la foi. Or Darwin, de santé fragile, ne put accepter de s’opposer frontalement à sa femme qui craignait pour sa vie éternelle. C’est donc dans des carnets secrets qu’il fit part de ses scrupules. Vous savez les scrupules qui vous minent comme la petite pierre pointue qui se glisse entre la sandale et votre pied et qui perturbe votre progression.
Vous trouvez cette comparaison un peu hasardeuse, surfaite, frelatée ? C’est pourtant l’étymologie du mot scrupule (du latin scrupulus), la petite pierre que les soldats romains craignaient lors des marches. Notre naturaliste était un homme à scrupule. Je devrais écrire : scrupules. Car bien des freins le hantaient.

Et il essaya de parer, éviter par avance, toutes les controverses vingt ans durant. Il s’efforça de prouver que sa théorie était fausse pour l’éprouver. Aussi, en 1858, lorsqu’Alfred Russel Wallace voulut publier une spéculation semblable, il sut qu’il ne devait plus attendre. Ce fut donc ensemble, dans une présentation commune qu’ils firent connaître leurs théories.
Et dès 1859 parut De l’origine des espèces.

Un ample tableau largement brossé.
Donner des détails biographiques, faire entrer dans la vie de Darwin, est-ce n’envisager sa pensée que par le petit bout de la lorgnette ?
Jean-Claude Ameisen ne se contente pas de raconter l’homme et son œuvre dans son temps. Il brosse large et loin.
Et donne à voir les incidences de sa pensée, bien des années plus tard, jusqu’au « darwinisme social » et ses errements racistes, jusqu’aux interdictions d’enseigner le Darwinisme dans des états du sud des Etats-Unis, … jusqu’aux cellules souches.
La science de maintenant.