GUILLARD Patrick

incertain regard – N°13 – Novembre 2016

Note de lecture

Le collier rouge, de Jean-Christophe Rufin, éditions Gallimard, 2014

Un extrait tout d’abord : « À une heure de l’après-midi, avec la chaleur qui écrasait
la ville, les hurlements du chien étaient insupportables. Il était là depuis deux jours,
sur la place Michelet et, depuis deux jours, il aboyait. C’était un gros chien marron
à poils courts, sans collier, avec une oreille déchirée. Il jappait méthodiquement, une
fois toutes les trois secondes à peu près, avec une voix grave qui rendait fou.
Dujeux lui avait lancé des pierres depuis le seuil de l’ancienne caserne, celle qui
avait été transformée en prison pendant la guerre pour les déserteurs et les espions.
Mais cela ne servait à rien. »
Un héros de guerre emprisonné en 1919 et son chien qui aboie encore et
encore, ça ne constitue pas un roman, ça ne fait pas rêver. On imagine mal
comment on pourrait en sortir un livre vraiment prenant de plus de 170 pages.
D’accord avec vous. Et pourtant !
Un vrai coup de cœur !
C’est ma femme qui m’a offert ce livre. Elle-même le tenait d’une amie qui elle-même…
Et à chaque fois le miracle d’une belle écriture qui captive et donne
envie de partager son plaisir avec d’autres lecteurs.
Dans une langue accessible et sensible Jean-Christophe Rufin nous parle
de la guerre de 14, ou plutôt de l’après-guerre, des univers intérieurs des
personnages que la guerre transforme et mure en eux-mêmes. Il nous fait
partir dans le monde d’alors, qui n’est pas si loin de nous par petites touches.
Et le rapport avec le titre, Le collier rouge ? Je ne vais pas tout vous dire. C’est
comme pour un bon film, je ne peux malheureusement pas tout vous dévoiler.
Toujours est-il que l’auteur part de deux faits réels :
« D’abord d’une réalité méconnue : nombre d’animaux ont été partie prenante
dans la guerre de Quatorze, en particulier des chiens, il y avait des centaines de
milliers de chiens dans les tranchées. Plus qu’un roman de la guerre, un roman de
l’après-guerre ?
Plutôt un roman des bilans de la guerre. Après quatre années, elle se solde en
apparence par une victoire, en réalité surtout par l’idée que la vraie victoire, c’est
de ne pas faire la guerre. C’est pour cela que le livre évoque les fraternisations et
les mutineries de 1917… » (fragment d’un entretien réalisé avec Jean-Christophe
Rufin lors de la parution en février 2014 – à lire dans son intégralité sur le site
de l’éditeur gallimard.fr).
J’oubliais, il y a quatre protagonistes : Morlac, un héros de guerre prisonnier, un
chien, un juge chargé de démêler l’affaire et une femme. Presque un huis clos
dans le Berry qui raconte la grande histoire au travers de la petite.