GUILLEMIN Claudine

incertain regard – N° 17 – Hiver 2018

Balade à Auvers

Face à Auvers, Méry, les chênes de Saint-Denis
Ecoutent là François de Saint-Chamans Marquis
L’érable de Buffon tend l’oreille à Sophie
Qu’imagine malheurs. Silence un héron guette.
Les fruits du sycomore aux friselis rougissent.
Le rossignol chante aux verts des rives de l’Oise.

Daubigny dirige vers l’église connue.
Sous le toit du chevet, la corniche s’habille
De modules carrés en touches de piano.
Une feuille d’acanthe coiffe chaque vague
De la frise qui court jusqu’aux roses de pierre.
Trois glyphes réguliers donnent un rythme au bandeau

Les flammes de Boggio pendent du triforium
Emportent les ombres de migrants éperdus
La douleur efface les traits de leurs visages.
Les « Gens » aux corps rougis, enfant bleu, crient, se tordent,
Réclament à l’auditoire une grâce un secours
Que la musique élève au-delà des colonnes.

Une sente profonde conduit en haut des champs
Où les corbeaux ont fui ; le calme est revenu
Sous le lierre en tapis, Vincent Théo reposent.
Au-dessus des Clos, un noyer offre une pause
Le sceau-de-Salomon apprécie les calcaires
Qui entrent en vibration à l’Opéra d’ Paris.

Pour s’imprégner en chœur d’un concert de Gounod
Au jardin d’agrément de la Maison dit’ Blanche
Les têtes d’artichauts se hissent sur l’absinthe
Méprisant les heuchères et les dahlias au sol.
Guillaumin, Pissarro et Cézanne y inventent
De douces symphonies de gammes qui enchantent.

Pas besoin d’arabesques de buis, les glycines
Clématites et lianes entrent en résonance
Avec les toits de tuiles et les murs à la chaux.
Au jardin du musée, les corps de Milthon jouent
Se cambrent, s’élancent en harmonie, tête au ciel.
Les vignes s’accrochent aux fils de la portée.