GUILLEMIN Claudine

incertain regard – N° 11 – novembre 2015

Claudine Guillemin

Tilleuls pansés

Quatre tilleuls tristes
Discrets derrière l’église
Été deux mille treize

Marie-France et moi
Tricotions avec plaisir
Habits insolites

Burlat, sang et vie
Neuf rayures répétées
Chausses de trois mètres

Blancs de pureté
Mélodies de rythmes souples
Stop, ponctuation

Napoléon rouge
Place de la Jamais contente
Vêtus à l’automne

Tiretés légers
Rappels d’alternances fines
Invisibles obstacles

Grenats décousus
Rouges virant à l’orange
Décoloration

Vagues perturbées
Couches gorgées d’eau qui pendent
Forts tourments multiples

Du déshabillage
Subsistent inaccessibles
Rameaux préservés

Prosopopée

La liberté n’a pas de prix.

J’ai quitté un mari grossier et brutal qui ne pensait qu’à la chasse avec des gens de cour portés sur le vin rouge. Il me laisse mon fils qui prend soin de moi contre la pension obtenue grâce à la vente de mes livres.

Je sais qu’il aime comme moi sentir les caresses du vent, le vent chaud de l’été qui exhale les blés murs, le vent doux à l’automne qui soulève l’humidité des lits de feuilles rouillées, le vent froid de l’hiver qui stimule en marchant, le vent frais du matin au printemps arrivant. Je sais que, comme moi, tu aimes le vent de la liberté.

Avec une épuisette, nous chassons papillons et insectes, non pour des collections mais pour les admirer, les comparer, les étudier, illustrer mes romans des choses de la nature qui évolue sans cesse.

Où allons-nous ?

Vers quelle liberté ?

Serons-nous libres encore de conserver le bleu, le bleu de Gargilesse, des chutes du moulin, le bleu du ciel d’azur se reflétant sur le lac d’Eguzon, ce bleu comme tes yeux qui sent bon l’infini ?

Du bleu, du vert aussi, le vert des bouchures, des chemins creux de saules ouverts pour s’y blottir quand l’orage menace. Il est fort dangereux de rester à cette place mais se fondre à un arbre est si délicieux ! Prendre racine en tête et sentir dans ses veines la sève qui arrive et inonde de joie de la pointe des orteils jusque au bout des doigts. Elle chauffe, elle gagne, on est bien toi et moi.

Quand tu verras un jour, la chapelle du château, va voir dans la crypte, les statues, les vitraux et laisse-toi habiter par le maître des lieux, il fait jaillir sur toi la puissance des cieux. Aux confins du Berry, viens retrouver le Jurassique. J’ai ramassé, étiqueté, listé des témoins du passé qui parlent.

Je ne sais si plus tard, si plus tard il y a, un après, après moi, après toi.

Le bomus

Le bomus fait partie du règne des Plantae, sous-règne des Fugaceae, division des Gymnosperphyta, classe des Gymnospermaea, sous-classe des Myroxylae, ordre des Taxales, famille des Bomaceae, genre Bomusa Guillemin, 2013.

Le terme bomus, Bizarre, Odorant, Magique, Utile et Spécial, est issu du hollandais b o o m. Baumus viendrait du latin balsamum ou du grec balsamon. Les bomus apprécient les terres enrichies en compost des pays ensoleillés sous toutes les latitudes. Les balsameros ont envahi l’Amérique latine. Les bomus forment des futaies appelées bomais ou bomières. Leur tronc grossit jusqu’à atteindre deux brassées jointes. Ils restent verts en hiver grâce à leurs feuilles fines, simples et lancéolées. La canopée peut culminer à 30 m.

Les bomus fleurissent au printemps et fructifient sept mois après. Les fruits, en boules de 6 à 10 cm de diamètre, changent de couleur en grossissant et éclatent à maturité. En climat tempéré, les bomus peuvent vivre jusqu’à 100 ans et plus. La sève des bomus est très riche en composés actifs. L’écorce blanche tachetée de brun, contient des esters benzoïques et cinnamiques efficaces contre toutes les peines. Leur résine a un effet sédatif sur la douleur. L’huile de bomus enrichit la peau. Les décoctions de feuilles, au goût mentholé, atténuent la tristesse et la nostalgie. A ce jour, il a été reconnu 11 variétés de bomus à savoir :

  • Le Bomusafugacis, bomus fugace, rabougri, à profiter dès qu’on le voit ;
  • Le Bomusatemporarius, bomus temporaire très éphémère ;
  • Le Bomusa humilis, bomus nain, le plus résistant ;
  • Le Bomusautilis, bomus utile, au nectar consommable chaque jour ;
  • Le Bomusapubescens, bomus pubère, fragile, réservé aux adolescents ;
  • Le Bomusaluminifera, bomus lumineux, rayonnant les jours de fête ;
  • Le Bomusagiganteus, bomus géant, qui croit au risque d’être foudroyé ;
  • Le Bomusafruticosa, bomus fructifère, aux fruits délicieux en janvier ;
  • Le Bomusahumanis, bomus humanitaire, secrétant l’élixir d’humanité ;
  • Le Bomusatoluiferum, bomus toluène, qui soigne les affections broncho-pulmonaires.

Bonne chance pour rencontrer au moins une de ces variétés mais surtout, celle qui est la plus recherchée l’exceptionnel Bomusaperpetualis ou bomus perpétuel qui ne se rencontre que dans des écosystèmes très préservés en dehors de toute pollution.

Mon frère

Ma Beauce natale s’égaye

Avec le vrai printemps

Qui fait verdir le blé,

Et ouvrir le colza,

Accueille oignons et pois.

Au bord de la Conie,

Les morilles se cachent.

Là-haut, l’alouette ondule.

La vie est sève

Lorsqu’on puise l’énergie

D’une source pérenne

Pour arroser de joie

Tous ceux qui vous approchent,

Qu’on sème du plaisir

À en garnir les poches,

À remplir des silos.

La vie est peine

Quand faible, vulnérable,

On se sent isolé,

Mais si fort et solide

Si on peut s’associer

En Orion, en Carène

En Pégase, en Persée,

Et briller tous ensemble.

Il n’est plus.

Il est là.

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