HOUDRY Anne (2)

incertain regard – N°12 – mai 2016

Etat des choses

Or et flambées vives
Claquent, étincellent, odeur rouge
L’automne là quand même

Le champ vert et vaste
Ondoyant, ligne d’horizon
On dirait du bleu

Galet adouci
La vague travaille lentement
Ma paume se souvient

Arbre planté un jour
Une balançoire accrochée
L’enfant est venu

L’automne immobile
Rend la feuille dorée qui tombe
Sèche et fracassante.

Hors champs

Les Tibétaines trottent derrière un homme au visage épanoui qui les guide et se plie à leur hauteur.
Tourbillonnent en toupies leurs robes sur leurs pantalons. Carmin sur vermillon.
Leur vêtement écarlate flotte au vent qui traverse le Parterre du Midi.
Elles trottent pour assister à la mise en eau du Bosquet de la salle de bal et arrivent souriantes devant la cascade qui commence à l’heure dite.
S’étonnent du baroque et de l’excès.
Ont tous les âges, visage lisse ou ridé sous le bonnet rudimentaire.
Posent pour l’éternité devant la rocaille qui bruisselle.
L’odeur du buis exaltée par l’humidité se diffuse dans la salle à ciel ouvert mais ne sera pas sur la photographie.
Le sourire est naïf car offert et merveilleux.
Nous avons le regard aimanté par les rouges contradictoires de leurs habits ordinaires.

Intact

L’alpiniste qui gravit lentement
assure prises et appuis, se confie au mirage du matériel éprouvé.
Cliquetis des mousquetons, dégaines et maillons.
Solidité des cordes.
Parfois descend plus lentement encore après la chute dans une crevasse bleutée.
Des dizaines d’années plus tard, le glacier rend dans sa moraine, corps, sangles et harnais, visserie, poulies.
Débris.
Les fils grandis et devenus vieux depuis l’accident se retrouvent face au scandale d’un père plus jeune qu’eux au visage glacé intact.