HOUDRY Anne

incertain regard – N° 11 – novembre 2015
Anne Houdry

Dans la rue

Elle brille.
Il roule.
Il remonte la rue, les mains dans les poches, le dos droit,
La tête haute, la capuche dessus.
Le guidon sera mouillé.
L’aisance est frappante.
Les genoux légèrement écartés du cadre.
Le pédalage appuyé est efficace et tranquille.
Il pleut.
C’est épatant un type qui pédale sous la pluie sans tenir le guidon.

Cap Coz

Ils sont dans le chantier de sable. L’éphémère mouvement.
Ils se rassemblent avant de s’éparpiller. Le vent souffle, prometteur.
Le Laser est un bateau silencieux, gracile.
La dimension de la voile est modeste. Le gréement, simple.
Ce pourrait être une marine de Boudin ou les Régates au Havre de Dufy.
Le ciel est pommelé, la mer raisonnablement agitée.
Les roues des remorques tracent le sable.
Les mâts sont les axes de la composition.
Il aura fallu que d’autres débarquent d’une mer métallique sur un sable chenillé
Pour que ceux-ci, dans leurs combinaisons uniformes, tentent les records.

La constance des pierres

Continuer à lire le carnet du journal pour vérifier :
Que les hommes qui meurent aujourd’hui sont nés après toi.
Se souvenir qu’on le faisait avant, pour tenter d’approcher l’inéluctable.
Lire les notices biographiques des politiques et des autres
Et s’assurer que ceux nés en 1923, sont morts.
Et même parfois avant 2012.
Comprendre l’irréversible.
Tâter la marque du 4 janvier de cette année là, l’assouplir.
Savoir qu’elle restera sensible et définie.
Avoir dit l’heure précise, 16h30.
Lire 1923 sur les cristaux liquides de l’horloge qui disent 19h23
Entendre parler de l’éternité des pierres, se souvenir du 17 juillet.
Tenter la mesure : arpenter ton espace, tes années. Le monde sans toi.
Pour te laisser revenir, d’abord,
Penser à toi ensuite.
Te laisser repartir dans ta nuit.

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