JAEN Nicolas

incertain regard – N°16 – Eté 2018

Elles sont venues par trois,
par le vent amenées,

puis se sont accumulées,
avec leurs ressacs de vagues,

là, au pied des escaliers,
ces feuilles que l’on dit mortes,

ces reines évanouies.

 

Elles sont venues par trois,
sœurs de l’herbe caressée,

filles de l’air et du roi.
Plaqueminier au long été,

dont le kaki était la loi,
quel cœur secret caches-tu ?

Le roi maintenant est nu.

 

Elles sont venues par trois,
la nuit en passant sa main

les a couchées sur le blanc
du papier qui les froisse

en les glissant sur les carreaux,
qui les glisse en les froissant –

et ce stylo fait neiger la nuit.

 

La nuit prend la ville dans ses bras.
Lune, pupille de chat ;

étoiles, confettis suspendus…
Vous veillez sur tout l’amour

que les reines ont donné aujourd’hui –
sans espérer de retour,
mais se sachant appelées.

 

Appelées à continuer
leur petit tour de monde

du jardin à la porte
jusqu’à ce que porte s’ouvre

pour entrer dans la maison
frapper le bas des escaliers

en se relevant par instants.

 

Cet adieu qui les ouvre
à un petit cri aigu –

quand tu marches dessus.
C’était sa dernière vie :

la feuille du plaqueminier
au paradis des feuilles

devient ange de papier.

 

Le froid, ce méditant,
a ridé le chemin d’un livre d’eaux.

La pluie a tressé des larmes
qui ont gelé au matin.

J’écris à une femme sans nom
sur la vitre sur le ciel

le soleil lit mon poème.