LABROT Vincent

Vincent Labrot

 

 

Océan Indien

Juillet 1991

Océan Indien de mes années de pierre
le monde est déjanté, en délire,
le peuple rigole et crève la faim.
Seul le silence nous délivre.

Août  1992

Océan Indien de mes années de pierre
un an passe comme une larme ou une extase,
un an dans cent ans, s’il reste une arme
heureux qu’il reste une âme.
Océan de pierre de mes années lumière

Septembre  1993

Un an passe, l’ombre du temps malin,
au fond des impasses vitales, rappelle
d’anciennes promesses au vent marin.
Océan Indien, sur le ventre de l’île maîtresse
je voudrais me glisser sans sombrer.
Océan rêvé par l’an de l’insensé.

Madagascar. La première sur la route, à Betsiaka.

 

 
Ouragan

Elle n’avait rien donné aux ombres
Ni sa pierre ni son bras tendu dans les décombres
Et s’il reste quelques joyaux accrochés
Sur sa poitrine chaleureuse: des îles arrachées
A la tourmente.

Maintenant la nuit vient, la dérision,
Son corps s’accroche aux présages, et des avions
Viennent troubler le repos de sa ville.
Un bourreau creuse sa niche puérile
dans la souffrance.

Guadeloupe 1988 après Hugo

 

 

 

Embouchures

Ai-je laissé les embouchures ?
C’est pour y revenir terriblement,
des océans simples m’y conduisent;
inexorable est cette voie.

Vouloir tomber aux falaises de l’horizon !
Abandonner la couleur, la chair,
la moiteur, et le bois même, la braise;
vouloir tomber au bout du monde indescriptible.

Et retrouver les simples embouchures,
les deltas saumâtres, les méandres,
l’invitation à remonter encore aux sources
malgré l’aveuglement des illusions salines.

J’ai laissé les embouchures,
promis des trésors enfiévrés : la vision,
aux matelots de mes désirs,
triste coupeur d’ombres au large.

J’ai laissé les embouchures
et me suis promis la gloire du poète.
Mais nous pouvons en rire maintenant.

Paris 1987

 

 

Je verrai

Je verrai. Je dis. Je rêve.
Un port d’Afrique embourbé
du fleuve. Un chant s’élève,
mer rouge, golf bleu d’été.

Un port grouillant, quais d’odeurs,
alcool, beignets pour les marins,
cargos pourris par la chaleur,
rouille. On s’endort sur les mains.

Je regarde. Là. Etranger,
parole étrange d’être parti.
Je charge un vieux bateau blessé
par la chaleur. J’ai faim. Je ris.

Un peu plus loin c’est sur la mer
chaque goutte d’eau  m’enivre,
au large d’îles solitaires
un vent  me fait penser à vivre.
1980

 

 

Amours mortes

Elle avait laissé son ombre folle sur les miroirs
Sur l’éclat de tous les bijoux d’or et d’argent,
Sur les tissus colorés, sur les robes du soir
de toutes les filles que l’on aime un instant.
Elle avait laissé son silence sur l’or des offrandes
Et sa fougue inconstante sur des bracelets d’argent.
Je la retrouve sur toute place ou l’on marchande
aux mains des vendeurs d’or qui jouent les indigents.
Elle avait laissé son éclat sur tous les chants heureux
Sur les bijoux clinquants et sur le vif argent
des illuminations d’un soir. Elle avait fait un feu
de tous mes désirs lents, elle avait brisé mes miroirs
pour y prendre le tain et ses reflets d’argent,
pour s’y noyer enfin sans feindre moindre espoir.

Diego–Suarez 1990

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