LE CABELLEC Marie-France

incertain regard – N° 11 – novembre 2015

La Mer

Marie–France LE CABELLEC

 

La fin de l’été
Clapotis mélancolique
La mer se retire

Deux ailes brisées
Reposent sur la jupe
Les mains de ma mère.

Parfois l’une d’elles s’élève jusqu’à son front,
l’enserre avec violence,
Extirper la mémoire effacée
Souvenirs perdus,

L’envie de vivre s’enfuit.

Le regard au loin
Entrechoc de pauvres mots
La vie se retire

Elle se consume
Envolée au gré du vent
Toute son histoire

Elle s’appelait EVA

Sobre, discrète, silencieuse et digne, jamais de plainte ou de gémissement, elle n’était pas une héroïne mais une femme généreuse, à l’ écoute des peines de chacun.

A la maison de retraite, sa chambre égayée des dessins de son arrière petite fille, était un lieu de rencontre.
Elle savait avec son bon sens relativiser les contrariétés des unes et des autres.
Sa phrase récurrente pour conclure :
« une fin de vie n’est jamais facile pour personne »
laissait ses compagnes silencieuses.

Et moi, spectatrice, je râlais de ne pouvoir partager un moment, seule avec elle.

Je n’avais pas compris qu’elle puisait là une des dernières raisons d’être utile, d’exister.

Rage matinale
L’écume au bord des lèvres
La mer montante

La vie toujours recommencée.

Quand j’aurai coché toutes les cases

Quand les cheveux blancs auront chassé mes cheveux noirs
Quand mon visage sera parsemé de fleurs brunes
Quand l’arthrose m’engourdira le dos, les mains et les pieds
Quand je ne compatirai plus aux douleurs des autres, que je pourrai même perverse, m’en réjouir
Quand je serai plus autoritaire que réfléchie, plus acariâtre que serviable, plus insensée que sage
Quand les raisons de changer le monde avec mes camarades devenus plus rares, seront effilochées
Quand je n’éprouverai plus de désir, que la lueur dans le regard des hommes sera éteinte
Quand je ne ressentirai plus l’émotion m’envahir en entendant Bella ciao
Quand l’été, ma peau n’aura plus le goût du sel et l’odeur des algues,
Quand je n’aurai plus de rêves, ni d’envies
Je ne boirai plus ce verre de Chardonnay dans la douceur du soir, avec vous … avec toi…

2 réflexions au sujet de « LE CABELLEC Marie-France »

  1. Merci de m’avoir donné l’opportunité de vous lire ……

    Votre personnalité transpire à travers les lignes !

    Félicitations
    Amitié Alice

  2. Bonjour,
    Je ne me souvenais pas que tu écrivais des poèmes, je viens de le découvrir. Tu es donc. une artiste des mots et des couleurs que tu donnes généreusement à tous ceux que la beauté touche.
    Merci.

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