LEWIS Ronda

incertain regard – N°13 – Novembre 2016

Toutes les vies

Une femme derrière le comptoir
Ne sourit pas, elle reste professionnelle.
Elle voit en noir et blanc le contrat et le social.
Peut-être qu’elle pense à son frère de 10 ans,
Tué par un uniforme bleu
Dans le noir.

Un homme, ses mains tremblant, finit de balayer
Le sol plein de pierres et de poussière. Il essaye
De remettre de l’ordre dans sa maison,
Victime, entre deux gouvernements,
Entre deux murs sans toit,
Sous un ciel gris

A l’autre côté de la rue
A l’autre côté de la terre

Une mère a découpé le dashiki de son mari disparu
Elle enveloppe son fils de deux mois,
Non… il a un an.
Dans les plis déchirés, on voit à peine ses bras et ses jambes
Pendant que ses grands yeux fatigués
Se noient dans les rouages noirs et jaunes.

Une sandale abandonnée sur le trottoir
Un sac plastique s’envole et traverse la rue déserte,
Virevoltant. La caméra le suit vers
Une table du café renversée
Tachetée par la vitrine envolée en éclats.
Sur l’écran de télévision, on voit à peine le rouge.

Demain sur la une l’histoire se répète
Dans d’autres couleurs,
D’autres lieux,
D’autres vies.