LEWIS Ronda

incertain regard – N° 11 – novembre 2015

L’aigle et le héron

Ronda Lewis

 

 

L’aigle et l’héron     

 

Une après-midi d’été,
Promesse d’enfance,
Le destin révolu reste assez doux
Pour me bercer
Dans l’embrasse des échos vagues
Clapotant le long de la berge…
Le soleil brille lisse
et sauvage sur l’eau dansante,
Un miroir pudique qui détourne le regard
Toujours vers la surface.
Always toward the surface

Voilà la vue depuis les planches
Nées des sapins qui longent la berge
De l’étang pastoral,
Foyer de l’aigle.
Un héron passe au vol
A la recherche de poissons
Sous le reflet azur ;
Une nageuse nonchalante,
Le bonnet escargot faisant foi,
Traverse aux traits blancs silencieux.
Me voilà, devant ma tasse de café.
Je suis rendue muette
Rendered speechless

Par l’envergure des ailes
Qui remplissent d’un trait
Mon champ de vision.
Un vol puissant en piqué
Déterminé, fixé.
De cime en cime glisse l’aigle.
Et le héron reste debout, réservé.
Contemplatif, observateur
Ses pensées s’envolent,
Son repas déjà au passé…
Le héron scintille au soleil comme
La brise décoiffe quelques plumes,
Ruffled, muffled feathers

Et dans ce tableau vivant
Le bourdonnement assourdi chatouille l’oreille.
Le héron médite, ou au moins
Fixe son regard dans le vide,
Pendant que l’aigle crie sa présence sylvestre
Perché maintenant sur une branche d’épines.
Mon café se refroidit
Dans sa tasse en porcelaine.
Mon attention se dirige vers
Ces deux mondes
Réunis sur la surface du lac,
Shimmering eagle and heron rotund
L’aigle chimère et le héron en chair.

Ma tante et mon oncle réunis dans ce chalet en pin,
Complètent ce tableau
Leur jeunesse en objets d’art naïf
Crées par un peuple des mers
(ah ! mais un peuple peut en cacher un autre)
Chinook ou Viking, étrangers,
D’un autre monde et style de vie
Deux anciens pêcheurs réunis
Dans cet édifice en pin
Rempli de saumons
Et de souvenirs d’autres lacs
D’autres époques, d’autres eaux et poissons
A past I do not know

Leurs gestes rappellent le temps jadis
Aperçu dans des clichés en noir et blanc
Présentés sur une page blanche
D’un livre qui n’est pas à moi,
Les pas des connus inconnus
Serinés dans les recettes
Et les histoires et les photos.
Les noms familiaux opaques
Palpitent dans le souffle des mots,
Un bruissement qui concurrence
Le chant des aigles et des hérons
Entendus eux aussi à travers les années
Mais nouveaux à mes oreilles,

Leur existence transmise par une plume
Un os, cueillis par ma tante et mon oncle
Dont les racines se tissent avec celles des arbres.
Ma tante et mon oncle,
Une branche dans l’arbre familiale
Tendue robuste par le sang et les larmes,
Par les journées partagées,
Et les nuits enneigées ;
Et par les tartes feuilletées
Remplies de mûres et de myrtilles
Soumises à la table familiale.
La preuve, look at the photos !      

Je regarde et je me vois
Sous la surface de ces images,
Derrière le reflet du ciel.
Aujourd’hui je me vois,
Reflétée dans la fenêtre
Qui surplombe l’étang
Mes chaussures à l’embrasure.
Bienvenue.
L’appareil photo prêt à immortaliser…
Ce moment
Devant le lac, le ciel, le nid de
L’aigle et du héron
The eagle and the heron.
Je regarde ma tante et mon oncle qui préparent le repas
Et qui partagent commentaires et souvenirs
Avec un sourire constant …et moi

Sous le soleil calme et chatoyant, ce matin d’été
Je caresse les pierres ramassées dans leurs périples
Servant maintenant de presse-papier
Plaquant les dessous-de-plat
Sur la surface de la table sur le balcon
Qui règne au dessus du quai
Protégée par le sapin qui abrite l’aigle.
Le héron est parti ailleurs, mais il n’est pas loin
Je le sens. Le voilà !
I feel it ! There he is !

Ma tante et mon oncle me rejoignent à table.
LUI- I made some maki sushi
ELLE – here’s a bottle of wine
Ma cousine, elle, apporte une caisse de fraises
Pour partager cette journée carte postale
Après un long trajet sur la route d’été.
Enfin TOGETHER
après une chasse aux continents…(jeu de pistes/continent)
nous voici, surplombant le lac argenté
A l’ombre et pied nu
Barefoot in the shade

La première fois se fête avec un sauvignon blanc
Les bras frais, adoucis par la brise
Autour de la table abritée par les grands sapins
Nous buvons à petites gorgées le vin
Tissant nos histoires,
Un moment ponctué par des éclats de rires,
Encadrés dans cet instant
Étirés au passé et à demain,
Un pan regroupant
Dans un tressage locutionnaire
Des mots agiles et allégés,
Comme une danse (chasse) aux papillons,
Pendant que nous regardons, ensemble,
L’aigle et le héron.

 

 

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