MAULPOIX Jean-Michel

incertain regard – N°13 – novembre 2016

Le rouge des hirondelles

Notes composées en marge du livre L’hirondelle rouge, à paraître au Mercure de
France en février 2017.

« La peinture c’est étudier la trace d’un petit caillou
qui tombe sur la surface de l’eau, l’oiseau en vol, le
soleil qui s’échappe vers la mer ou parmi les pins et
les lauriers de la montagne » (Juan Miró)

Rouge sur un fond de ciel excessivement bleu, c’est ainsi que Juan Miró a peint
Hirondelle Amour. C’est cet oiseau qui chante, perché sur mon épaule, quand
sous les arbres, dans un jardin, au bord d’un lac, parmi les fleurs et les enfants, le
temps de vivre bat doucement.
Pages blanches et couverture noire, tel est le petit carnet que j’emporte avec
moi lorsque je voyage : de la taille d’une hirondelle.
Quelques grammes d’encre au cœur.
J’écris comme on écoute battre le cœur de cet oiseau au vol aigu, habillé pour
je ne sais quelle soirée.

C’est l’hiver.
Pourtant, cette hirondelle n’est pas partie : la voici les ailes rouges de froid,
immobile sous la neige. Rouge aussi bien de colère ou de désir ?

Écrire, au coeur de tout ce noir, comme guetter dans la nuit épaisse le vol en
épée, en épi, rapide, d’une hirondelle rouge.
Rouge serait aussi bien le vol d’une hirondelle chauffée à blanc.

Une hirondelle rouge, c’est un cœur qui vole.

Femme, oiseau, étoile… Imaginer un poème fait des variations sur une hirondelle
rouge, en sa robe, en son ciel, en son nid, dans le vent, venant et s’en allant,
portant en plein jour la nuit si légère de ses rêves : un poème qui serait capable
d’envol, et pourtant pareil au craquement d’un pas sur le plancher disjoint d’une
chambre aux volets clos.

Le livre auquel je songe n’est pas de mélancolie mais de choses vues et de
tristesse pensive.

À la fin de l’Odyssée, devant les prétendants, quand aussi aisément qu’un homme
jouant de la cithare, Ulysse tend de la main droite le nerf de son grand arc, il
résonne « comme le cri de l’hirondelle ».
La corde pousse un cri d’oiseau.