REGNAUT Maurice (2)

               Maurice Regnaut

 

Un poème inédit.

 

Cette gare où prendre un aller simple,

oui,

cette gare-là, c’est elle,

un jour,

celle où je partirai,

moi,

celle où toi, sur le quai, tu resteras seule,

un jour,

seule,

toi,

je sais,

mais je sais aussi que pour toi,

oui,

pour toi seule,

à chaque fois, toi, même les moments les plus oubliés de notre

vie ensemble,

à chaque fois que soudain, sans même comprendre en fait

pourquoi, tu te retrouveras, toi, à les revivre,

à chaque fois que sur l’eau, là-bas, tu regarderas la flèche

avancer lentement d’une péniche à ras pleine,

à chaque   fois   que   tu   regarderas   s’écrouler, du haut des

rochers, l’étincelant jackpot d’une cascade,

à chaque fois que tu regarderas, toute fraîchement coupée, au

grand soleil sécher la pluie,

à chaque fois,

je sais,

à chaque fois je me survivrai,

je me survivrai pour toi et par toi,

par ce   regard   tien qui   voyait si loin qu’il me fallait toujours,

moi, pour mieux voir, t’appeler à l’aide,

par cette écoute aussi, moi n’entendant rien, rien, non,   qu’un

silence, et ne demandant alors qu’à te croire,

par cette voix si jeune et si chantante en moi, tant elle est au

fond toujours chant commun,

par ce regard, par cette écoute et par cette voix,

je sais que je me survivrai,

par ce rire et son carillon d’éternelle enfance,

je me survivrai,

par tout ce que tu es,

je me survivrai,

par tout ce que tu seras

je me survivrai en tous ces moments où tu seras même à nous

imaginer ensemble,

à nous imaginer, oui, faire ensemble une pleine nuit de lumière

absolument pure,

peindre ensemble   en   plus vert que vert prés et forêts,   plus

blanc que blanc la cime des monts, le ciel plus bleu que bleu,

à   nous imaginer étendre ensemble   une mer   partout parfaite,

une mer partout plus que transparente,

en   tous   ces   moments   où nous ne serons plus qu’ensemble

ingénu hommage à la beauté du monde,

où   nous   irons   visser   là-haut, à   midi juste, un grand soleil

ensemble aussi vrai qu’en elle-même est la vie,

en tous ces moments pour toi et par toi où nous serons ainsi,

toi et moi, encore et toujours ensemble,

je me survivrai,

moi,

je sais que je me survivrai,

mais sache,

oui,

sache,

après moi,

après toi,

ce ne sera pas peut-être, ici, à tout jamais   le seul silence,

après nous,

non,

un autre couple,

un autre couple absolument aimant,

un autre couple un jour fera de nous ici connaissance,

et nous nous survivrons alors,

nous nous survivrons,

ce jour-là, ici,

nous nous survivrons,

toi et moi ensemble,

nous nous survivrons,

nous.

 

Maurice Regnaut ©

 

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